Feijoa sellowiana

(O. Berg) O. Berg ; syn. Acca sellowiana (O. Berg) Burret

Un arbuste des plateaux du sud du Brésil et de l’Uruguay. Sa fleur offre aux oiseaux qui la pollinisent des pétales sucrés au lieu de nectar ; son parfum repose sur deux esters qui ne dominent l’arôme d’aucun autre fruit étudié. La Nouvelle-Zélande, deuxième producteur mondial, en sélectionne les variétés depuis près d’un siècle.

Planche I. Rameau fleuri et fruit mûr, réunis selon la convention des planches botaniques ; en France, la fleur s’ouvre en juin-juillet et le fruit tombe en octobre-novembre1.

Une Myrtacée des hauts plateaux

Le feijoa appartient à la famille du goyavier, les Myrtacées2. Sa diversité génétique suggère qu’il est né sur les plateaux brésiliens, au-dessus du 29e parallèle sud, et qu’il s’étend aujourd’hui vers les basses terres plus froides de l’Uruguay3. Le type cultivé dans le monde est le type « uruguayen », aux fruits plus petits mais plus doux que ceux du type brésilien4.

Son feuillage a deux faces, vert sombre et lustré dessus, argenté dessous, si bien que l’arbuste scintille à la moindre brise2,3. Otto Berg le décrit en 1857 sous le nom d’Orthostemon, « étamines dressées », puis, ce nom étant déjà pris, le renomme Feijoa en 1859, en hommage au naturaliste brésilien João da Silva Feijó3,5. Rangé par Burret dans le genre Acca en 1941, il est de nouveau classé dans Feijoa par les jardins botaniques de Kew, à la suite d’une révision de la tribu des Myrteae publiée en 20195,6.

Il n’arrive en France qu’en 1890, quand Édouard André en rapporte d’Uruguay pour son jardin de Golfe-Juan7. L’espèce gagne ensuite l’Amérique du Nord, puis l’Australie et la Nouvelle-Zélande au XXe siècle4.

Une fleur qui se paie en pétales

La fleur du feijoa ne produit ni nectar ni parfum11,12. Elle offre à la place quatre à six pétales charnus et sucrés2 : leur teneur en sucres culmine au moment où le pollen est libéré, et devient alors comparable à celle du nectar des fleurs visitées par les oiseaux12. Des oiseaux frugivores viennent les manger et emportent au passage du pollen sur la tête et le corps11.

Le procédé est rarissime. Moins de 1 % des Myrtacées du Nouveau Monde sont pollinisées par des oiseaux, et en Amérique du Sud, seuls deux genres apparentés de Myrtacées, Acca et Myrrhinium, et une plante sans parenté, la calcéolaire, offrent ainsi des pétales à manger11.

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  1. 1Pétale charnu et sucré : la récompense12.
  2. 2Pollen sur le dessus de la tête, observé sur des tangaras capturés au filet au Brésil14.
  3. 3Étamines rouges et raides, qui valurent au genre son premier nom, Orthostemon3.
  4. 4Cœur de la fleur : pas de nectar12.

Planche II. Tangara sayaca (Thraupis sayaca), l’oiseau le plus souvent noté aux fleurs du feijoa dans une ville du sud du Brésil, où il a aussi été vu porter des pétales à ses petits15.

Deux molécules pour un parfum

En 1970, Hardy et Michael constatent que deux esters, le benzoate de méthyle et le benzoate d’éthyle, forment à eux seuls plus de 90 % de l’huile volatile du fruit, et leur attribuent l’essentiel de son arôme16. Ces molécules existent dans d’autres fruits, mais le feijoa reste le seul fruit étudié où elles dominent l’arôme17.

À l’olfactométrie, le benzoate de méthyle évoque une note « médicinale » pour une équipe18, l’odeur « typique du feijoa » pour une autre19 ; les amateurs parlent volontiers de gaulthérie ou de menthe verte2.

OOcycle benzéniquefonction esterméthyle
Benzoate de méthyleC8H8O2 ; la plus odorante des deux17
OOcycle benzéniquefonction esteréthyle
Benzoate d’éthyleC9H10O2 ; odeur voisine, plus faible17
Planche III. Part des benzoates dans les composés volatils du fruit : plus de 90 % de l’huile obtenue par distillation en 197016 ; environ la moitié, pour trois benzoates, dans les composés captés au-dessus d’échantillons de fruits colombiens par microextraction en 202020. Le chiffre dépend de la méthode ; dans les deux cas, les benzoates arrivent en tête. Formules : chaque angle figure un atome de carbone, O l’oxygène.

Les variétés de Nouvelle-Zélande

Le feijoa arrive en Nouvelle-Zélande au début du XXe siècle comme arbuste d’ornement, souvent planté en haie basse parce qu’il résiste aux vents côtiers. De 1929 au début des années 1950, l’obtenteur pionnier Hayward Wright y importe et croise des variétés qui fondent la filière10. À la fin des années 1970, des scientifiques du gouvernement lancent un programme de sélection axé sur l’autofertilité et la qualité du fruit ; il donne ‘Apollo’ et ‘Gemini’, que l’encyclopédie Te Ara présente comme les deux variétés principales des vergers10.

La relève est venue d’obtenteurs privés. Près de Nelson, Roy Hart a croisé ‘Apollo’ avec des semis pour obtenir ‘Kakariki’ et ‘Anatoki’ (croisements de 1996) puis ‘Kaiteri’ (2000), à la fois précoces et de gros calibre21. À Tākaka22, Nigel Ritson a démarré avec 600 arbres du centre de recherche de Riwaka, récupérés quand ses crédits pour le feijoa ont pris fin, en s’associant à Roy Hart23.

Et en France ?

Aucune des sources consultées ne donne de dates françaises pour les variétés récentes, mais on peut les estimer. Les saisons des deux hémisphères étant décalées de six mois, on reporte la date néo-zélandaise six mois à six mois et demi plus tard : ce décalage fait coïncider la saison de Nelson, de fin mars à fin mai21, avec la récolte observée en Provence, de mi-octobre à début décembre24, et place le début de maturité de la variété ‘Apollo’ entre mi-octobre et début novembre, ce qui concorde avec les récoltes des 4 et 11 novembre 2024 faites sur elle près de Naples25. Ces estimations valent pour le sud de la France, à deux ou trois semaines près. Sous un climat plus frais, la maturation est plus lente2 : à Pontevedra, en Galice, elle ne commence que début novembre26. Quant aux variétés tardives, elles mûriraient fin novembre ou début décembre ; or une gelée d’automne précoce peut abîmer les fruits en cours de maturation2.

  • estimation pour la France
  • obtentions de Roy Hart
  • variétés de comparaison
Planche IV. Début de maturité. À gauche, estimation pour le sud de la France, selon la méthode décrite ci-dessus. À droite, observé près de Nelson en 2008 d’après les brevets de Roy Hart, la surface des points étant proportionnelle au poids moyen du fruit21 ; côté néo-zélandais, une seule saison et un seul lieu, et les producteurs placent par exemple ‘Anatoki’ deux à trois semaines avant ‘Unique’, non une seule27.

Les obtentions récentes

‘Kakariki’

Roy Hart · ‘Apollo’ × semis, croisement de 199621

En France
estimée : fin septembre – mi-octobre
Saison NZ
très précoce : mûre dès le 28 mars à Nelson en 200821
Fruit
≈ 100 g (125 g selon un autre passage du brevet), 12 °Brix21 ; « exceptionnellement sucré » pour les producteurs27
Pollinisation
autostérile ; toute variété fleurissant en même temps peut la polliniser21
Garde
≈ 16 jours à 1 °C21

‘Kaiteri’

Roy Hart · ‘Apollo’ × semis, croisement de 200021

En France
estimée : début – mi-octobre
Saison NZ
très précoce : dès le 4 avril21 ; commence avant ‘Unique’ et produit plus longtemps27
Fruit
≈ 165 g pour 9 × 6 cm, le plus gros de ces relevés ; 12 °Brix21
Pollinisation
autostérile21
Garde
≈ 16 jours à 1 °C21 ; variété très productive27

‘Anatoki’

Roy Hart · ‘Apollo’ × semis, croisement de 199621

En France
estimée : mi-octobre – fin octobre
Saison NZ
très précoce : dès le 11 avril (le 15 selon un autre passage du brevet)21
Fruit
≈ 110 g, 12 °Brix21 ; saveur douce selon les producteurs27
Pollinisation
autostérile21
Garde
≈ 28 jours à 1 °C, presque deux fois plus que ‘Kakariki’ ou ‘Kaiteri’21

‘Pounamu’

Roy Hart27

En France
estimation grossière : octobre, faute de date précise
Saison NZ
précoce27 ; récoltée en avril selon un magazine néo-zélandais28
Fruit
moyen, à peau très sombre ; arôme riche, bon équilibre entre sucre et acidité27
Garde
bonne27

Pollinisation non précisée par les sources.

‘Opal Star’

HortResearch · semis de pollinisation libre, repéré en 1981 à Auckland29

En France
estimée : mi-novembre – début décembre
Saison NZ
tardive : une semaine avant ‘Triumph’, quatre après ‘Unique’ ; récolte de fin avril à fin mai29
Fruit
76 à 100 g29 ; ≈ 85 g à Nelson en 200821
Pollinisation
autostérile ; ‘Apollo’, ‘Triumph’, ‘Gemini’ ou ‘Unique’ comme pollinisateurs29
Garde
4 semaines à 3 °C ; ≈ 30 kg par arbre la cinquième année29

‘Wiki Tu’

obtenteur non précisé par les sources

En France
non estimable, les deux sources divergeant
Saison NZ
tardive pour les producteurs27, mais récoltée en avril selon un magazine néo-zélandais28
Fruit
gros, de saveur douce ; loges parfois creuses27

Pollinisation et garde non précisées par les sources.

‘Waitui’, ‘Kawateri’, ‘Tākaka’, ‘Waingaro’

Nigel Ritson · Tākaka, Golden Bay

Origine
un programme privé démarré avec les arbres de Riwaka, en association avec Roy Hart, sur une génétique surtout brésilienne23
Usage
‘Waitui’ et ‘Kawateri’ pour les vergers, ‘Tākaka’ et ‘Waingaro’ pour les jardins23 ; toutes protégées par un certificat d’obtention22

Leurs caractéristiques ne sont décrites que par des pépinières, parfois de façon contradictoire : elles ne sont pas reprises ici.

Les classiques

Estimations françaises selon la méthode ci-dessus ; dates à Nelson en 2008 et poids moyens d’après les brevets de Roy Hart, qui citent ces variétés comme points de comparaison21.

VariétéOrigineEn FranceSaison NZFruitPollinisation
‘Apollo’programme public, fin des années 197010estimée : mi-octobre – début novembre ; récoltée les 4 et 11 novembre 2024 près de Naples25mi-saison27 ; vers le 18 avril21gros, ≈ 100 g ; délicat, se meurtrit facilement27,21autofertile ; pollinise ‘Gemini’2
‘Gemini’même programme10incertaine : avant ‘Apollo’ selon la CRFG2, « à récolter en fin d’automne » selon Bio de Provence24précoce27petit à moyen ; se conserve bien27partiellement autofertile selon la CRFG2, autostérile selon la SNHF1
‘Unique’non préciséeestimée : mi-octobre – début novembre, peut-être plus tôttrès précoce27 ; vers le 18 avril21 ; de fin mars à fin avril dans le verger de Nigel Ritson23moyen, ≈ 85 g ; calice fendu à la base ; se conserve et se manipule bien27,21non précisée
‘Triumph’Nouvelle-Zélande, semis de ‘Choiceana’2estimée : fin novembre – début décembre ; « tardive, octobre-novembre » en Provence24tardive27 ; vers le 23 mai21moyen, ≈ 85 g ; moitiés souvent inégales ; se conserve bien27,21autostérile1 ; pollinise ‘Mammoth’2
‘Mammoth’Nouvelle-Zélande, semis de ‘Choiceana’2à partir de mi-octobre en Provence24mi-saison à tardive27jusqu’à 240 g2 ; loges souvent vides27autofertile, plus gros fruits en pollinisation croisée2

Dans les années 1980, les arbres étudiés sous les noms ‘Triumph’ et ‘Mammoth’ semblaient d’origines génétiques mêlées, alors que ‘Apollo’ et ‘Gemini’ se comportaient en clones12.

Une base génétique étroite

En 2024, vingt cultivars de plusieurs pays se sont révélés moins variés que six arbres sauvages d’un petit secteur de Misiones, en Argentine : les feijoas cultivés descendraient d’une population étroite, de type uruguayen4. ‘Kakariki’ et ‘Anatoki’ forment un groupe un peu plus proche des arbres sauvages que les classiques4.

Des variétés protégées

Toutes ces nouveautés sont protégées en Nouvelle-Zélande par un certificat d’obtention, accordé ou demandé, et quatre le sont aux États-Unis par des brevets27,22,21,29. Leur diffusion bute aussi sur la difficulté de multiplier le feijoa4. Aucune des sources consultées ne décrit leur comportement sous climat français : les dates françaises données plus haut restent des estimations.

Ce que contient le fruit

Le feijoa est une source correcte de fibres, de folates et de vitamine C, sans rien de spectaculaire30. Mûr, il associe une chair ferme et astringente à un cœur tendre et sucré31.

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  1. 1Peau : la partie la plus riche en vitamine C et en polyphénols32.
  2. 2Glandes sphériques, nombreuses sous l’épiderme31.
  3. 3Chair ferme et astringente, riche en cellules pierreuses31.
  4. 4Huit faisceaux conducteurs disposés en couronne31.
  5. 5Pulpe centrale, douce : quatre loges séparées par des cloisons31.
  6. 6Graines, 20 à 40 par fruit2, nées d’ovules alignés sur deux rangées par loge31.
  7. 7Cœur gélatineux et translucide : le fruit est mûr. Brun, il est passé1.
  8. 8Calice persistant au sommet du fruit2.

Planche V. Coupes transversale et longitudinale, d’après l’étude anatomique d’Esemann-Quadros et al. (2008). À la floraison, l’ovaire est une dizaine de fois plus petit que le fruit mûr31.

Pour 100 g de fruit entier

Énergie
57 kcal
Fibres
6,8 g
Sucres
10,1 g, pour moitié du saccharose
Vitamine C
63 mg
Potassium
256 mg
Iode
8 µg

Fruits australiens, peau comprise32. Malgré une réputation tenace, sa teneur en iode est insignifiante, et une analyse de fruits néo-zélandais n’en a pas détecté en 202230.

Vitamine C, en mg pour 100 g

  • Peau seule95
  • Fruit entier63
  • Pulpe seule52
  • Donnée antérieure citée33

Fruits australiens ; la dernière ligne reprend une valeur antérieure, deux fois plus basse, citée par la même étude32.

Ce que dit la recherche

Au laboratoire, les extraits de peau freinent de nombreux micro-organismes32, et la flavone extraite du fruit déclenche la mort programmée de cellules leucémiques humaines33. Ces résultats, obtenus sur des cultures, ne disent rien des effets de sa consommation.

À table

  • Il se mange surtout frais, en dessert ou en salade2, et se prête aux confitures, gelées, sirops et sorbets1.
  • Épluché, il brunit vite : un bain d’eau citronnée l’en empêche2,1.
  • Mûr, il se garde environ une semaine au réfrigérateur2 ; mieux vaut le manger vite, car il devient blet1.
  • Ses pétales se mangent aussi, en salade notamment2,1.

Le cultiver en France

Sa rusticité est diversement estimée : la CRFG le dit adapté aux régions où le thermomètre reste au-dessus de −9 °C environ, la SNHF lui prête une résistance jusqu’à −15 °C2,1, et dans le Tarn-et-Garonne, des feijoas sont repartis de la souche après les −20 °C de 198524. Le facteur limitant est plutôt la saison : le fruit mûrit quatre mois et demi à sept mois après la floraison selon le climat2, et dans le nord de la France l’arbuste fleurit sans fructifier1. Il lui faut tout de même un peu de froid, car il fleurit mal sous 50 heures de froid hivernal, et sa saveur est bien meilleure sous climat frais que chaud2.

Hémisphère nord, d’après la SNHF1. En Provence, la récolte s’étale de mi-octobre à début décembre24 ; en Nouvelle-Zélande, de fin mars à fin mai selon les variétés21,29.

Planter deux variétés

La plupart des variétés ont besoin d’un pollinisateur10, et une récolte maigre vient le plus souvent d’une pollinisation insuffisante ; même ‘Mammoth’, autofertile, donne de plus gros fruits en pollinisation croisée. Avec un pollen compatible, 60 à 90 % des fleurs nouent2.

Ramasser au sol

Le fruit mûr tombe : on secoue légèrement l’arbuste et l’on ramasse tous les deux jours, sur une bâche qui évite les meurtrissures2. En verger néo-zélandais, on le cueille « au toucher » : il ne se détache que s’il est mûr10.

Bouturer plutôt que semer

Les semis ne reproduisent pas fidèlement la variété et ne fructifient qu’après trois à cinq ans ; les boutures de bois jeune s’enracinent en deux mois avec chaleur de fond et brumisation2.

Bien le placer

Soleil ou mi-ombre légère, sol bien drainé de pH 5,5 à 7 ; il tolère un peu d’embruns, et ses racines superficielles apprécient un paillage2. Il est remarquablement peu sujet aux ravageurs et aux maladies2,1, et fructifie sur les rameaux de l’année1.

Sources

Chaque affirmation renvoie à l’une de ces références, relues en octobre 2026 ; ce qui n’a pas pu être vérifié a été retiré. Les dates et calibres des variétés viennent de brevets rédigés par leurs obtenteurs, sur une seule saison ; les valeurs nutritionnelles varient selon les variétés, les sols et les méthodes d’analyse.

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